Le Péril Bleu

Maurice Renard – Le Péril Bleu (1912)

On ne va pas se mentir: quand j’ai attaqué « Le péril bleu », je n’attendais absolument rien d’un roman de SF écrit par un français en 1912. Ca sentait le bouquin déjà pas fantastique à la base, et qui aurait vieilli aussi bien qu’une tartine de rognons de porcs laissés un siècle au soleil. La seule raison pour laquelle je me retrouvais à lire ce livre était d’avoir acheté l’intégrale de l’auteur pour 2€ dans un marché de livres d’occas’.

Eh mais tiens, je viens juste de tilter: ce roman a tout juste 101 ans !

Peu importe. Je disais donc que je n’étais pas franchement optimiste quand à la qualité du bouquin. « Le Péril Bleu » raconte une intervention extraterrestre dans la campagne française du Bugey (non, moi non plus je ne connaissais pas avant), qui commence comme une mauvaise blague, avec le vol de râteaux et la destruction de potagers, mais vire au beaucoup moins drôle avec l’enlèvement d’animaux puis d’humains.

Ouais, ça sent le truc naze, hein ?

Ben en fait c’est pas mal. J’ai trouvé l’ambiance très bien posée, avec une graduation progressive dans les destructions qui se ressent comme une montée en puissance (en plus de nous faire constamment nous interroger sur l’identité des mécréants), et qui rend le tout beaucoup plus crédible quand l’histoire vire au quasi-apocalyptique. Le tout se passant dans la France de la belle époque, c’est assez rafraîchissant et agréable à suivre.
Le fait d’avoir réussi à adopter une ambiance par moment très sombre est d’autant plus fort que le roman adopte parfois un ton satirique, principalement au travers du personnage de Tiburce, « sherlockiste » complètement con qui permet à l’auteur de se foutre ouvertement de la gueule de tous ceux qui pensent que le héros de Conan Doyle peut fonctionner dans la vraie vie. J’ai beaucoup apprécié.

« Le Péril bleu » m’a bien plu, mais je reconnais que j’ai quand même beaucoup plus à dire sur ses défauts que sur ses qualités. Le problème le plus évident concerne le scénario, et notamment la provenance des extraterrestres. Autant en 1912 la « théorie » du bouquin était peut-être crédible, autant un siècle plus tard on se demande si l’auteur nous prendrait pas un peu pour une buse, des fois. C’est impossible à avaler et forcément, ça gâche un peu le truc.

L’autre problème… n’en est pas vraiment un, en fait. C’est un problème dans le sens que ça donne un énorme sentiment de déjà-lu, mais c’est surtout un témoignage très intéressant du climat littéraire de l’époque.
Le « problème », c’est donc qu’on sent que Maurice Renard est écrasé sous le poids de deux grands auteurs de l’époque, j’ai nommé Jules Verne et Edgar Allan Poe. L’influence des deux romanciers est tellement palpable, que ce soit dans le style, dans les thèmes (sérieux, Renard nous fait plus ou moins un « Vingt mille sous les mers inversé, même la fascination du sous-marin est là), ou même dans certains passages (je veux bien être pendu si Renard n’a pas pompé le chapitre de l’ascension d’un des personnages dans le cosmos sur la nouvelle de Poe qui traite plus ou moins de la même chose) qu’on en vient à se demander si on est vraiment en face d’une oeuvre originale. Bon ok peut-être pas à ce point là, mais ca reste la première fois dans ma vie littéraire que je vois transparaître l’influence d’autre auteurs dans le travail d’un romancier de manière aussi limpide.

Que dire d’autre… ah oui. Si l’ouvrage peut sembler assez… progressiste (dieu que ce mot est moche) dans sa vision des extraterrestres, la fin apporte une touche de xénophobie qui m’a beaucoup fait marrer mais qui fait quand même un peu tâche. Fin qui est aussi d’une mièvrerie assez ridicule (après avoir fait pleuvoir les cadavres -non, sérieusement-, toute la famille des deux héros qui avait été enlevée par les extraterrestres rentre saine et sauve).

Le Péril Bleu

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[Cette critique a été reprise de mon compte SensCritique. Vous pouvez retrouver tout mes avis à cette adresse]