L’autoédition a besoin de critiques

TheParisReview1

L’idée de cet article est venue d’une courte discussion sur Twitter avec Deidre Ambre (@DeidreAmbre), qui tient un blog dans lequel elle publie son avis sur les bouquins qu’elle lit, dont une part importante de livres autoédités ou issus de maisons d’édition numérique. Twitter n’étant clairement pas l’endroit pour discuter d’un sujet avec un minimum de profondeur, je vais m’exprimer ici pour avoir un peu la place. Mais le sujet étant parti d’une discussion, je vous invite bien sûr à donner votre opinion dans les commentaires. Je précise aussi qu’il s’agit plus d’une collection de réflexions que d’un véritable article avec introduction, développement et conclusion. Ce sera donc peut-être un peu confus.

Il y a plusieurs sortes de personnes qui publient des avis littéraires sur internet. Vous voyez, il y a quelques années, j’aurais simplement écrit “il y a plusieurs sortes de blogueurs littéraires”, mais c’est devenu trop réducteur de nos jours. Il y a toujours les blogs, bien sûr. Mais il y a aussi les réseaux sociaux, les critiques littéraires sur Youtube (pas spécialement populaire chez nous, mais beaucoup plus ailleurs), et puis les sites consacrés à ça comme GoodReads, Babelio ou SensCritique. Tout ça pour dire qu’il y a beaucoup de gens qui donnent leur avis sur des livres. Et il y a différentes manières de critiquer.

Personnellement, j’en distingue deux principales. Il y a d’abord celui qui critique ce qu’il lit, sans faire de véritable distinction. Si ce qu’il vient de lire était mauvais, il le dira. Si c’était génial, il le dira aussi. Et puis il y a ceux qui sont dans une perspective de “découverte”, et qui ont pour principal objectif de mettre sur le devant de la scène des livres qu’ils ont appréciés. Logiquement, ceux-là se contenteront d’ignorer les livres qu’ils n’ont pas aimés et n’en parleront pas.

Dans ces deux types de critiques, il y a deux rapports différents au livre et surtout à l’auteur. Alors attention, là je vais m’embarquer dans des généralisations qui ne sont pas forcément pertinentes à 100%. J’ai bien conscience que la réalité est plus complexe, disons que c’est un idéal-type pour faciliter les choses. De mon point de vue, le deuxième type de critique devrait – pour rester intéressant – plus verser dans l’analyse que dans la critique véritable. C’est plutôt logique : si vous ne parlez QUE des romans que vous avez aimés, ce n’est plus de la critique n’est-ce pas ? Et c’est peut-être triste à dire, mais c’est beaucoup plus dur de faire un éloge intéressant qu’une critique intéressante. C’est pourquoi je pense que ces blogueurs doivent se dégager de la simple critique et partir dans l’analyse, dire ce qui rend ce bouquin si intéressant, peut-être développer sur le contexte de l’oeuvre et de l’auteur… afin que, bien que le lecteur connaisse parfaitement l’avis du blogueur avant même de lire l’article (puisqu’il sait que le blogueur ne traite que des livres qu’il a aimé), il puisse quand même en retirer quelque chose.

Enfin, ce type de blogueur peut tout à fait avoir un rôle d’éclaireur, en faisant des articles sur des livres peu connus mais de qualité. Le blogueur qui se contente de parler de ce qu’il a lu sans se préoccuper de si c’est bien ou pas a lui un rôle différent, plus proche du journaliste. C’est un rôle d’information, qui vise à permettre au lecteur de se forger un avis pour savoir s’il doit ou pas acheter tel bouquin. Si ses lectures consistent en des trucs peu connus, il peut aussi (et c’est même l’idéal) prendre un rôle de découvreur, comme le premier type de blogueur.

Tout ça est très bien, me dites-vous, mais quel est le rapport avec l’autoédition ? Eh bien, le rapport, c’est que c’est blogueurs ont, à mon avis, un rôle important à jouer dans la popularisation de l’autoédtion mais surtout dans sa crédibilisation. À l’heure actuelle, ceux qui écrivent des critiques de livres autoédités sont des personnes qui sont assez proches de ce monde de l’autoédition, et notamment des auteurs eux-mêmes. Ils les suivent sur Twitter, discutent avec eux, se sentent proches d’eux, veulent les soutenir. Bref, le “problème” c’est que ces blogueurs sont biaisés. Ils manquent d’objectivité et du coup ne peuvent pas vraiment convaincre des gens qui ne sont pas familiers des problématiques de l’autoédition et veulent simplement lire un bon bouquin (c’est-à-dire, 99% de la population). Ils s’enthousiasment sur les livres qu’ils ont aimés, et poussent sous le tapis ceux qu’ils n’ont pas aimés, par volonté de ne pas enfoncer des auteurs dont ils se sentent proches. Cette façon de pratiquer la critique littéraire met l’auteur au premier plan, alors qu’un blog littéraire devrait se diriger en priorité vers les lecteurs. Si une critique d’un livre met un nouvel auteur sur le devant de la scène, tant mieux ! Mais ça ne doit être qu’une conséquence, l’objectif étant avant tout de faire découvrir des livres aux lecteurs.

Ça ne serait pas un problème si à côté de ces blogueurs du second type il y en avait d’autres, plus proche du premier type, qui n’hésiterait pas à dire quel tel bouquin autoédité est mauvais. Mais, de ce que j’en sais, c’est encore rare en France. Enfin si, ça existe, ça s’appelle les avis Amazon. Et leur impact est extrêmement fort. Mais parmi la “communauté” des critiques, c’est très rare. Et il en faudrait plus. Oui oui, vous me comprenez bien. Je suis un auteur autoédité, et je demande à ce que les blogueurs soient plus tranchants dans leurs critiques de livres autoédités. Je ne suis pas maso hein, en fait l’idée de me faire saquer par une critique me terrifie. Mais je pense sincèrement que cela aidera à renforcer la crédibilité de l’autoédition dans son ensemble (d’être plus tranchant, pas de me saquer moi personnellement). Surtout, être sympa avec tout le monde, ça créé une sorte de moyenne totalement injuste pour les véritables très bon bouquins qui se retrouvent noyés autour de “c’est sympa”, “j’ai bien aimé”, “c’est cool”.

Enfin, il y a la question de l’irrespect. J’avoue que je n’y avais pas du tout pensé, c’est un point soulevé par Deidre Ambre dans notre discussion sur Twitter. L’idée serait que critiquer -sévèrement- un bouquin serait un manque de respect à l’égard de l’auteur et de son travail. Je ne suis pas d’accord, ou en tout cas pas nécessairement. Il est parfaitement possible de dire en argumentant et de manière respectueuse qu’on a trouvé tel livre mauvais. Pour illustrer mon propos, voici deux phrases qu’on pourrait trouver dans une critique virulente à l’égard d’un bouquin :
– “Les personnages sont complètement inintéressants et surtout, ils se ressemblent tous. Sans les noms il serait impossible de les distinguer tant leurs caractères sont similaires”
– “Les personnages sont tellement inintéressants qu’on en vient à se demander si l’auteur a déjà une fois dans sa vie foutu les pieds dehors, s’il a la moindre idée de ce qu’est un être humain”
Deux critiques. Les deux sont sévères, mais l’une est irrespectueuse tandis que l’autre non (je suppose que je n’ai pas besoin de vous dire lesquels).

Quant à l’irrespect par rapport au travail… le fait est qu’il est possible de passer des jours, des mois, des années sur quelque chose qui sera au final mauvais. Le travail n’est pas une excuse ni même une raison, des chefs-d’oeuvres ont été écrits en quelques jours et des daubes infâmes ont parfois mis des décennies à êtres sorties. Si un critique se refuse à dire qu’un livre est mauvais uniquement parce que l’auteur a énormément travaillé dessus… au final la critique n’a plus aucun sens. C’est une question difficile parce que d’un autre côté, bien sûr que c’est génial qu’il y ait des blogueurs qui soutiennent cette nouvelle forme d’édition et qui tentent de le promouvoir. Mais est-ce que cette promotion doit forcément passer par des éloges unanimes sur tout les bouquins dont ils parlent ? Je ne suis pas certain. Mais est-ce que se mettre à tailler des livres autoédités à la pelle améliorera vraiment la crédibilité de l’autoédition ? Non, bien sûr que non. Taper pour taper ne sert à rien, et la crédibilité de l’autoédition se développera avant tout par l’augmentation du nombre de lecteurs.

Mais tout de même. Ou alors, il faudrait que ces blogueurs annoncent clairement et distinctement qu’ils ne traitent que des bouquins qu’ils ont aimés, et insistent en même temps un peu sur le côté “découverte” (c’est à dire qu’il ne s’agisse pas simplement de critiques de leurs lectures, mais d’une véritable recherche de bons bouquins). Mais pour que cela soit vraiment sain, il faudrait qu’il y en ait d’autres qui n’hésitent pas à taper un peu dans le lard. Bref qu’il y ait un équilibre qui permette d’améliorer la crédibilité de l’autoédition et – peut-être – de faire apparaître des chefs-d’oeuvres méconnus. Tout ceci est un peu confus, j’entends bien. C’est qu’en écrivant j’ai pensé à des arguments qui s’opposaient à ce que je me disais jusque là, et je voulais aussi les coucher sur le papier. Et puis, si je dois être complètement honnête, je pense que cette problématique n’en sera pas réellement une tant que l’autoédition ne se sera pas sérieusement développée. Et sans doute qu’alors le problème se réglera de lui-même avec l’arrivée de lecteurs et de critiques « lambda ».

Ce qui voudrait dire que cet article ne sert à rien.

Merde.

Publicités

9 réflexions sur « L’autoédition a besoin de critiques »

  1. Jolie réflexion.

    Pour ma part je ferais plutôt partie de la seconde catégorie de blogeur (puisque maintenant il faut nous catégoriser) et je l’assume. Il m’arrive de critiquer les ouvrages qui m’ont moins plu, mais je préfère largement parler de ceux qui m’ont plu. Ceci étant, je me défends de tout manque d’objectivité! Ce n’est pas pour rien que je refuse formellement les SP! Et je ne vois pas en quoi je rends plus service aux auteurs qu’aux lecteurs. Je propose à mes lecteurs des livres dont (pour la plupart) je recommande la lecture, simplement. Un lecteur potentiel ne va pas faire son choix par élimination.
    Je ne vois pas du tout en quoi privilégier les bonnes critiques entraîne la malhonnêteté intellectuelle que tu sous entends (et qui me vexe, clairement). Et si j’ai peu de mauvaise critique sur mon blog, c’est aussi que je lis peut de bouquin qui ne me plaisent pas. Car j’achète mes bouquins sur recommandation et que je me trompe peu.
    Quand à l’irrespect envers le travail de l’auteur, là tu sors un peu ce que j’ai dit du contexte. Car au final je suis d’accord avec toi. Dire d’un bouquin « c’est de la daube », c’est irrespectueux et je ne le ferais pas. Mais je n’ai aucun problème à dire qu’il bouquin ne m’a pas plu tout en respectant totalement l’auteur, je l’ai déjà fait.

    Quand à l’autoédition, pour moi le problème viens avant tout des plateformes de vente qui acceptent tout et n’importe quoi (et je dis bien n’importe quoi). Tant que la seule façon de faire sortir un bouquin auto édité du lot sera d’atteindre un hypothétique top des ventes, le problème restera. Je crois me rappeler que tu n’aime pas trop les libraires, mais il manque à l’autoédition l’équivalent de ce rôle. Alors je ne veux pas retomber sur le débat « les libraires ne sont plus des découvreurs, servent à rien, blablabla… ». Il n’empèche qu’il faudrait d’une façon ou d’une autre que les bouquins autoédités soient évalués et ce n’est pas pour moi le rôle d’un blogueur mais de la plateforme de vente. C’est là dessus qu’on s’oppose.

    Car mon blog, c’est aussi mon plaisir et je ne vais pas me farcir tout un tas de nanars pour avoir la carte « objectivité ».
    Je suis ancienne libraire, et j’en ai lu des bouquins qui ne me plaisaient pas, hors de mes goûts histoire de pouvoir renseigner au mieux mes clients. C’est un boulot, pas un loisirs.
    Et j’estime que ma démarche est clairement expliquée dans la présentation de mon blog.

    1. Salut et merci pour ta réponse,

      Je n’ai jamais accusé les « blogueurs découvreurs » (appelons les comme ça :)) d’être malhonnête intellectuellement. D’ailleurs quand tu as dit ça j’ai relu mon article avec effarement en me demandant ou j’avais pu écrire une telle chose, et je n’ai pas fait.
      J’ai dit que les blogueurs de ce type qui sont proches du milieu de l’autoédition vont souvent manquer d’objectivité dans leurs critiques de bouquins autoédités. Je ne pensais d’ailleurs pas à toi en écrivant cela, et de toute façon je ne pense pas que ça soit particulièrement insultant. Comme tu l’as dit, un blogueur n’est pas journaliste et n’a donc aucune prétention d’objectivité a avoir. Encore heureux. Mais le fait que ces blogueurs fassent partie du tout petit monde de l’autoédition est à mon avis quelque chose qu’un lecteur devrait savoir en lisant une critique, car ça influence forcément la critique.

      Ensuite, je crois bien avoir indiqué que les deux « catégories » (oui bon, désolé de mettre ça dans des cases, mais y a un moment faut bien simplifier un peu pour pouvoir discuter) sont pour moi importantes. Je suis dans l’opinion que peut-être la deuxième catégorie est un peu trop présente par rapport à la première chez les blogueurs francophones (en tout cas, ceux que je connais), mais la blogosphère serait entièrement composé de types acariâtres qui cognent sur tout ce qui bouge que je gueulerai aussi.
      J’aime les types passionnés qui te racontent pourquoi tel bouquin ou tel auteur est fantastique et pourquoi je dois le lire. J’aime ceux qui te sortent un livre de nulle part et t’expliquent en quoi c’est génial.
      Mais j’aime aussi ceux qui lisent les dernières sorties et te disent pourquoi, malgré tout le bordel médiatique, ce livre ne mérite pas d’être lu. J’aime les types qui prennent les prix littéraires et te dise « nom, tel prix c’est de la merde, si tu veux un bon livre dans ce genre va plutôt lire ça ».
      Les deux types sont importants mais comme j’ai dit, c’est juste pas le même rapport au livre et à l’auteur. J’ai jamais pensé que l’un des deux avait plus de légitimité ou d’honnêté que l’autre. Mais oui, je pense que dans le petit monde de l’autoédition, le type « découvreur » aura tendance à être plus gentil et que ce n’est pas forcément un bien.

      Enfin, il y a peu de choses que j’aime plus que de déambuler dans une librairie que je ne connais pas 🙂 Les librairies ont beaucoup de défauts (à mon sens) mais ça reste des lieux que j’aime énormément. Tout comme, bien que je lise beaucoup en numérique, j’ai une grosse bibliothèque physique que j’adore et que j’espère agrandir dans les années qui viennent. Je suis pas un pro-numérique forcené.

      Dernière remarque : comme je l’ai précisé, tout ça c’est des réflexions un peu balancée sur le tas. Je n’ai pas d’avis arrêté sur toutes ces questions (à part sur l’affirmation du titre, dont je suis plutôt convaincu) et je pense que tes arguments sont complètement valides.
      D’ailleurs, le seul avec lequel je suis clairement en opposition c’est sur celui des plateformes de vente : de mon point de vue, le fait qu’on puisse publier tout et n’importe quoi est justement au coeur du concept de l’autoédition. Si on ne peut plus faire ça, s’il y a une sélection des plateformes de vente, ça veut dire que ces plateformes deviennent des éditeurs, des « gardiens du temple ». Et retour case départ.

  2. Ok, je retire malhonnêté intellectuelle si ça te gêne, je n’avais pas l’intention de troller.

    Et je comprends tout a fait que tu ne me visais pas particulièrement (j’espère bien d’ailleurs! :)) mais vu que ton article fait suite à notre discussion et que tu parle de blogueurs, je te réponds évidemment en parlant de mon point de vu (qui n’a pas vocation à représenté l’ensemble des blogueurs tu t’en doutes bien).

    Tu as écrit:  » le “problème” c’est que ces blogueurs sont biaisés. Ils manquent d’objectivité (…) » et je ne comprends pas du tout en quoi. Ni en quoi un blogueur qui parle d’autoédition fait forcément « partie du petit monde de l’autoédition ». Un blogueur qui parle de bouquins autoédités s’est un peu penché sur la question, bien sûr, mais cela ne fait pas de lui un militant pour autant.
    Pour en revenir à mon cas personnel, je suis TRES loin d’être convaincue par l’autoédition, par exemple. Je reconnais que j’y ai trouvé quelques très jolies perles, mais je me méfie de prime abord de la qualité d’un texte autoédité. Pour que je lise un auteur autoédité, il faudra qu’il réussisse à me convaincre (comme tout lecteur) et ça c’est justement ce boulot là qui incombe à l’auteur dans ce cas de figure.

    Et ensuite, tu écris: « Ou alors, il faudrait que ces blogueurs annoncent clairement et distinctement qu’ils ne traitent que des bouquins qu’ils ont aimés (…) ».
    Voilà ce que je comprends, arrête moi si je fais fausse route:
    Penses-tu qu’un lecteur arrivant à l’autoédition par le biais de ce genre de blog puisse ensuite être déçu par la qualité des textes « autres » que ceux dont les blogs parlent? Ou carrément être déçu par le texte au lui même que le blogueur aurait sur-vendu?

    1. Ta méfiance envers l’autoédition me parait franchement complètement normale. A cause de l’immaturité de l’autoédition française mais aussi et surtout de par la nature même de l’autoédition, il y aura toujours 80% (je suis gentil) de merdes. Donc ça me parait plutôt sain comme attitude.
      (Note que pour moi le fait qu’il y ait 80% de merdes n’est absolument pas un problème. Mais c’est un autre débat)

      Et quand je parlais d’annoncer clairement qu’on ne traite que des bouquins qu’on a aimé, c’était simplement avec l’idée que le lecteur puisse savoir directement s’il a affaire à une blogueur de conseil (« tel bouquin est bien, tel bouquin est naze ») ou à un blogueur découverte (« je viens de lire ça, j’ai adoré »). Donc pas de rapport direct avec l’autoédition, c’est vraiment juste dans un souci de clarté.

  3. Bonjour Deidre et Éric,
    Votre débat est intéressant, et je crois que vous posez des questions essentielles. L’autoédition a besoin de critiques bienveillantes, mais rigoureuses. Cela dit, je voudrais quand même rappeler que les livres de l’édition classique bénéficient régulièrement de critiques complaisantes, obtenues grâce à l’influence de l’éditeur. Combien de fois il nous arrive à tous de lire des bouquins recommandés par toute la presse que se révèlent décevants.

    Sur internet, Babélio barre la voie aux auto-édités et refuse toute action de promotion qui vient d’eux, alors que les auteurs portés par des éditeurs reçoivent des critiques en échange d’exemplaires gratuits. Pas vraiment de quoi encourager la liberté de ton.

    Les blogueurs ont au moins cette liberté et cette indépendance par rapport au monde de l’édition qui rend leurs critiques sincères et souvent pertinentes. En plus, un blogueur signe ses papiers, et sa responsabilité est engagée s’il dépasse les limites. Pour ma part, je préfère être éreinté par un blogueur (ou une blogueuse), même si ça fait mal, que flagorné par un journaliste complaisant.

    Les critiques Amazon, par contre, s’apparentent aux commentaires de tous les sites « web 2.0 » : l’anonymat autorise les internautes à se défouler, sans aucune considération pour la dignité et la sensibilité de l’auteur. On conseille d’ailleurs aux auteurs de ne pas répondre à ces attaques faciles, sous peine de se discréditer.

    Par contre, je ne crois pas dans l’objectivité. Le journaliste « objectif » serait celui qui n’éprouve plus aucune sensation et se contente d’analyser. Je pense qu’il faut laisser cette tâche aux universitaires. Quand je lis une critique marquée par l’émotion au la passion, je me dis, en tant que lecteur, que cette émotion et cette passion ont été suscitées par le livre. Aucune recommandation n’est plus précieuse, parce que les lecteurs lisent rarement un livre parce qu’une analyse détaillée a prouvé qu’il était génial.

    1. Vous faites d’excellentes remarques, à laquelle je ne peux malheureusement pas vraiment réagir parce que je suis tout à fait d’accord 🙂

      Par curiosité, comment connaissez-vous l’attitude de Babelio par rapport aux autoédités ? J’en enregistré mon bouquin chez eux mais jamais tenté la moindre promotion par Babelio, donc je ne sais pas.

      1. J’ai eu récemment un échange avec Babélio. Je cite les deux passages intéressants :

        Premier mail :

        Malheureusement, nous ne proposons pas de service publicitaire pour auteurs auto-édités, car en dessous d’un certain volume, une campagne publicitaire n’a pas d’impact.
        Nous sommes régulièrement sollicités par des auteurs auto-édités, et notre politique est de refuser ce qui s’apparenterait à de la « publicité à compte d’auteur » comme certains font de « l’édition à compte d’auteur ».
        J’espère que vous comprenez notre position, qui vise à protéger le portefeuille des « petits » auteurs !

        Deuxième mail, après ma réaction indignée et ma demande concernant le programme « Masse Critique » (un livre gratuit contre une critique) :

        Je comprends votre position.
        Cependant à ce jour, en raison du nombre important de demandes, Babelio n’est pas ouvert à la promotion des auteurs auto-édités que ce soit pour les services de mise en avant payants ou pour les opérations gratuites telles que Masse Critique.
        Merci pour votre compréhension.
        Bonne continuation,

        Je crois que cela parle de soi. Je n’ai pas une nature parano, mais j’ai tendance à voir dans cette attitude une volonté de protection de l’édition classique. Si cette masse d’auteurs auto-édités, dont on refuse l’argent, se mettait à jouer à jeu égal avec les maisons d’édition, ça ferai désordre.
        Cela dit, on peut encore tenter de se faire commenter par des amis ou des lecteurs charitables, sans garantie de résultats…

      2. Ouah, la stupidité de leur argumentaire pour justifier leur refus de promouvoir les autoédités est abyssale. Protection des petits auteurs, ze fuck ?

        Et s’ils craignent les mauvais ouvrages, il leur suffirait de faire comme BookBub et de n’accepter que les livres disposant déjà de bonnes critiques. Bref, argumentation nullissime.

        Quand aux raisons… il y a peut-être de ce que vous dites, c’est peut-être aussi simplement de la paresse : ils ont leur système bien rodé, et faire rentrer les autoédités dans la boucle obligerait à changer leur mode de fonctionnement. En plus, il faudrait traiter avec des individus isolés plutôt qu’avec des maisons d’éditions, c’est plus compliqué et ça n’en vaut sans doute pas la chandelle pour eux.
        Donc oui, je pencherai pour un mélange de réflexe protectionniste et de paresse.

        Merci beaucoup d’avoir partagé ces échanges en tout, c’est extrêmement intéressant.

  4. Pour résumer ma position, qui est sans doute celle de nombreux auto-édités : nous réclamons avant tout une égalité de traitement avec les auteurs des maisons d’édition. Aucune complaisance, aucune complicité vis-à-vis de notre cause, juste des lectures critiques de nos livres, sans discrimination négative ni positive.
    Nous voulons faire comprendre aux blogueurs, aux journalistes, aux lecteurs que nous ne sommes pas intrinsèquement différents de nos confrères, et que la mauvaise qualité d’une (grande) partie des livres auto-édités n’est pas une fatalité. Un bon auteur reste un bon auteur, qu’il soit publié par un éditeur ou par ses propres soins. Aucune magie éditoriale ne transforme un brouillon infâme en chef-d’œuvre, et aucune infamie ne marque automatiquement le roman auto-édité.
    Concernant Babelio, nous ne saurons jamais ce qu’il en est vraiment, mais je remarque quand même qu’en l’absence de pression des éditeurs, l’attitude de cette entreprise privée semble absurde, puisqu’elle refuse des clients au prétexte qu’ils sont trop nombreux ! N’importe quel entrepreneur confronté à la même situation aurait plutôt le réflexe de développer une offre à destination de ces nombreux auteurs individuels, qui représentent un énorme marché.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s